Rencontre avec Ennat Léger, Juste parmi les Nations

En 2004, Claudine Frieh, alors Maire de Saint Didier, inaugurait la salle Ennat Léger, en dessous du gymnase. Mais qui est Ennat Léger ? Rien de moins qu’une Juste parmi les Nations. Retour sur le destin d’une femme courageuse.

Ennat Léger (27/07/1895-07/07/1993) nait à Saint Amour dans le Jura et elle épouse Auguste Léger le 17 novembre 1917 à Lyon. Patriote et résistante de la première heure, elle intègre dès 1940 un groupe de résistants.

Pendant l’Occupation, Auguste et Ennat Léger habitent Saint-Didier-au-Mont-d’Or. Le couple se dévoue pour sauver les personnes persécutées et procure notamment de faux papiers et des cartes d’alimentation à de nombreux juifs ainsi que de faux certificats de baptême pour leurs enfants.

Ennat, guide touristique, fait passer des Juifs illégalement en Suisse. En 1942, M. Kornbluch, un ingénieur juif d’origine polonaise, lui demande de l’aide. Il cherche un asile pour lui, sa femme et leur fille. Ennat héberge pendant un temps la famille chez elle et fournit aux trois Kornbluch de faux papiers. Les gendarmes font plusieurs descentes au village. En 1943, M. Kornbluch est arrêté par la Gestapo. Ennat pénètre par effraction dans son appartement pour en retirer les papiers qui pourraient l’incriminer. Les gendarmes viennent arrêter Ennat et la gardent en prison cinq jours. Malgré la cruauté des interrogatoires, elle tient bon et ne parle pas.

Ennat Léger fournit également de fausses cartes d’identité à la famille Bacharach, à laquelle elle remet les papiers militaires de son mari. Les Léger procurent aussi des faux papiers aux Joseph, des antiquaires de Paris, ainsi qu’à M. et Mme Jacubowicz et leur fils aîné Max. Ils hébergent le cadet, le petit Bernard, qui a douze ans. Max fait à plusieurs reprises appel à eux afin d’obtenir de faux papiers pour des Juifs qu’il cherche à sauver, et les Léger font à chaque fois de leur mieux. Un matin de mars 1944, les gendarmes se présentent au domicile des Léger et arrêtent le couple.

C’est Klaus Barbie qui s’occupe personnellement d’Ennat au quartier général de la Gestapo à l’hôtel Terminus derrière la gare de Perrache.

La suite c’est elle qui la raconte. En mai 1987, Ennat Léger, 92 ans, clouée sur un fauteuil roulant, hissée jusqu’à la Barre par des policiers en tenue, sourde et aveugle mais la mémoire encore vive, témoigne lors du procès Klaus Barbie à Lyon.

Le Président lui demande combien d’interrogatoires elle a subi. Aussitôt fuse sa réponse « Mon Dieu ! mon Dieu ! au moins cinq. Ils m’ont cassé les dents en enfonçant une bouteille dans ma bouche, qui a éclaté. Quel calvaire ! C’était des sauvages. ça cognait de tous les côtés… ». Barbie lui a aussi amené son mari pantelant, effroyablement torturé, pour tenter de la faire parler. « C’est vous qui l’avez voulu, vous irez crever en Allemagne » lui a-t-il lancé. Elle n’y a pas « crevé ». Mais elle est restée aveugle et paralysée.

A retrouver dans son livre « Connaissez-vous la cuisine de la Gestapo ? », disponible à la bibliothèque.

Le 29 novembre 1979, Yad Vashem a décerné à Auguste et à Ennat Léger le titre de Juste parmi les Nations. Ils incarnent le meilleur de l’humanité. En effet, tous ont considéré n’avoir rien fait d’autre que leur devoir d’homme et de femme. Ils serviront de phares et de modèles aux nouvelles générations.

 

Un village de résistants

• Jacques Pierre Esparcieux (03/05/1906 -05/03/1945)
• Gaston Godimier (06/03/1922 – 20/03/1980)
• Henri Israël (15/10/1901 – 08/1944)
• Claude Janin
• Auguste Léger (01/1895 – 12/04/1979)
• Marcel Léger (21/08/1902 – 02/02/1973)
• Noël de Mauroy (1924 – 13/12/1944)
• Jean Trévoux (20/04/1914 – 17/09/1944)
• Marcel Venturini (25/05/1925)
• René Venturini ( 31/07/1926 – 17/08/1944)
• Lazar Basso (1905 – 20/08/1944)
• Paul Chevrel (23/03/1925 – 18/08/1944)